Millenium : le blockbuster punk de David Fincher

Millenium David Fincher

Après le carton de The Social Network qui l’a définitivement sacré comme un des plus grands cinéastes contemporains en activité, David Fincher était attendu au tournant. Son adaptation du best-seller Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes s’inscrit dans la droite lignée de son œuvre, à mi-chemin entre un classicisme hollywoodien à la Benjamin Button et une patte personnelle rappelant ses premières œuvres comme Seven.

David Fincher aime les défis : après celui relevé haut la main de disséquer le monde selon Facebook, le réalisateur redevenu persona grata à Hollywood s’est attelé à l’adaptation de Millenium, le plus gros best-seller pour adulte ayant vu le jour dans les années 2000. Le sujet « polardisant » ajouté à une grande enquête obsessionnelle façon Zodiac (un de ses films les plus injustement sous-estimés) et des personnages passionnants à modeler ont sans doute achevé de convaincre le cinéaste.

Enquête punk

Le défi consistait à rendre une minutieuse et longue enquête (près de 600 pages pour le tome 1 de Millenium) intéressante pour le spectateur, les courtes scènes d’action ou très dramatiques enveloppant l’enquête. Pari réussi pour le prestidigitateur David Fincher : en 2h38 de film – une durée exceptionnellement longue au ciné aujourd’hui – aucune scène, aucun dialogue ne semblent remplir inutilement l’écran. On admire la fluidité d’un récit pourtant extrêmement complexe, ainsi que le travail sur l’image aussi bien pour les flash-backs sixties que l’action contemporaine. Esthétiquement, Fincher donne le ton de Millenium 1 dès le générique très graphique qu’il a conçu comme le « cauchemar de Lisbeth ».

Côté du casting, le cinéaste ne s’est pas loupé. Daniel Craig excelle dans le rôle du journaliste Mikael Blomkvist, à la fois vif et fatigué. Rooney Mara est la révélation de ce film : elle assure le show en super-héroïne punk. Drôle, touchante et singulière, cette nouvelle Lisbeth Salander se taille la part du lion, et s’avère inoubliable. Les seconds rôles interprétés notamment par la trop rare Robin Wright, Christopher Plummer, Stellan Skarsgard ou encore Joely Richardson, sont au diapason du couple vedette. Pour ce qui concerne l’intrigue à proprement parler, David Fincher est resté particulièrement fidèle au chef-d’œuvre de Stieg Larsson. Seuls quelques détails, pas les plus importants à l’enquête, diffèrent. Les puristes pourront s’amuser à en faire le compte, mais aussi à comparer cette version hollywoodienne avec le film suédois de Niels Arden Oplev et Daniel Alfredson.

Blockbuster subversif

Millenium Lisbeth Salander

Avec ce premier volet de Millenium, David Fincher fait naître une nouvelle race de blockbusters : le blockbuster subversif. Cette adaptation a été « hollywoodisé » avec des personnages rendus plus sympathique, des dialogues drôles jouant sur le décalage de Lisbeth avec le reste du monde. Mais le fond n’a pas changé et les thèmes abordés demeurent exceptionnellement hard pour un gros film de studio : viol, inceste, héroïne asociale et bisexuelle au look gothique, scènes de sexe et de violence sans compromis… A aucun moment, David Fincher ne renie sa façon personnelle de filmer et de raconter une histoire. Trop doué pour se faire broyer par le conformisme, il a juste décidé de secouer la machine de l’intérieur en réalisant un film à la fois classique et complètement déjanté. Ironie suprême : le film est sorti aux États-Unis pendant les fêtes de noël… Il n’a d’ailleurs pas fait un carton, mais peu importe, car les studios attendent plutôt sa carrière mondiale qu’américaine et les Millenium 2 et 3 sont déjà en chantier. Well done.

Note du film : :cool: :cool: :cool:

Millenium : L’homme qui n’aimait pas les femmes, de David Fincher, sortie en France le 18 janvier 2012

Une réponse à « Millenium : le blockbuster punk de David Fincher »

  1. Très bon film qui m’a donné envie de lire les deux autres tomes de Millenium

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