Sortis en décembre 2009, les deux premiers épisodes de la saga Bad Swimmers – intitulés Le Lac des Cieux – ont rapidement fédéré un noyau dur de fans. Derrière ce polar lycéen haletant et bien sanglant se cache Geoffrey Bidaut, professeur à Marseille. Il signe un premier roman addictif qui sent bon les années 90. Rencontre passionnante et indices sur ce qui nous attend dans les épisodes 4 et 5 de Bad Swimmers !
La Page Culture – Comment est née l’idée de Bad Swimmers ?
Geoffrey Bidaut - Bizarrement, c’est une idée qui m’a pratiquement été imposée par une amie, en sortant du cinéma il y a déjà pas mal d’années. Nous étions allés voir The Faculty et malgré toutes ses qualités, le film m’avait laissé un goût d’inachevé : une intrigue peu exploitée, des personnages à la psychologie peu fouillée. J’écrivais déjà des scénarios en amateur, quand mon amie m’a dit « Si tu penses faire un meilleur film que celui-ci, tu n’as qu’à en écrire un ! ». Ni une ni deux, en moins d’une après-midi, j’étais rentré chez moi et j’avais écrit la trame principale de ce qui s’appelait à l’époque Swimmers. Puis le scénario est resté dans un tiroir, jusqu’à ce que naisse l’idée d’en faire une trilogie, de nombreuses années plus tard !
LPC – L’histoire se déroule dans les années 90, époque où vous étiez au lycée. N’auriez-vous pas rencontré Mel, Deb, Marc, Tim et les autres en chair et en os par hasard ?
G.B – C’est étrange que vous me disiez ça parce que justement, depuis la publication de Bad Swimmers, certains de mes amis de lycée m’ont recontacté sur Internet pour me demander si je m’étais inspiré d’eux… Je peux juste vous dire que si c’est le cas, c’est purement inconscient ! Plus sérieusement, il me semble que j’y décris surtout le genre de personnes que l’on voit dans tous les lycées. Qui n’a pas connu un provocateur comme Ort ou une fille insupportable comme Deb ? Au fond, je pense que chaque lecteur peut plus ou moins se reconnaître dans l’un des personnages.
LPC – Les références à la culture pop’ des années 90 (Dawson, Buffy, Scream, Donnie Brasco, Christina Aguilera!) ne manquent pas. De quels livres, films ou séries vous êtes-vous inspiré pendant l’écriture de Bad Swimmers ? J’ai eu l’impression de lire un Scream décomplexé autant dans le style (les dialogues cru et drôles) que dans le fond de l’intrigue…
G.B – Merci, c’est un beau compliment. Tout comme les personnages, je baigne dans l’univers des séries américaines depuis toujours. Je pense que la télévision et le cinéma ont une grande influence sur les adolescents et leur comportement avec les autres, et selon moi, cette idée s’est surtout confirmée dans les années 90 : les séries comme Dawson ou Buffy ont changé et modelé l’image que les adolescents pouvaient avoir d’eux-mêmes. Ce sujet est traité dans Scream : comment les films d’horreur peuvent conduire des jeunes à commettre des actes de folie. Dans Bad Swimmers, j’ai voulu mélanger les styles : obtenir le ton léger d’une série télé tout en flirtant avec les films d’horreur et les slasher teen movies. En un sens, la construction du Lac des Cieux peut s’observer comme une saison complète de série télé, chaque chapitre pouvant s’apparenter à un épisode.
L’autre élément important de la saga est la musique : j’ai dû trouver une atmosphère musicale qui correspondait à la psychologie de chaque personnage. La retranscription de passages musicaux permet de faire comprendre ce qu’ils ne peuvent dire et fournit parfois de sacrés indices…
LPC – Pourquoi ne pas avoir choisi de narrateur principal ? Une manière de dire au lecteur que «tout le monde est suspect» ?
G.B – Oui, en quelque sorte. Mais surtout, je ne voulais pas d’un narrateur principal à la Twilight, qui impliquerait l’attachement des lecteurs à un seul personnage. Je voulais confronter les points de vue, les manières de réfléchir et surtout ne pas avoir de héros, de modèle. Les six personnages principaux ont des défauts, des failles, des façons de penser que l’on peut parfois leur reprocher et c’est cela qui doit les rendre attachants. De plus, l’utilisation d’un seul narrateur aurait réduit le champ de vision et les possibilités de jouer avec les peurs, les pensées secrètes, les observations des personnages. A la deuxième lecture, les lecteurs peuvent se rendre compte que leurs pensées ont parfois un double sens.
LPC – Dans l’épisode 2 du Lac des Cieux, les meurtres s’accélèrent jusqu’à un dénouement surprenant. Comment diable allez-vous faire pour écrire quatre autres épisodes (un tout petit indice) ?
G.B – C’est la question que je me pose aussi ! Non, sérieusement, ce qu’il faut savoir c’est que la série Bad Swimmers couvre une très longue période. Sans trop en dévoiler, l’intrigue des épisodes 3 et 4 se situera six ans plus tard (en voilà un, de petit indice !). Loin du lycée, les survivants du drame devront faire face à leurs propres démons. Que s’est-il passé en six ans ? Comment ont-ils pu vivre après les événements atroces du Lac des Cieux ?
Évidemment, le ton sera beaucoup moins léger que celui des deux premiers épisodes. Et c’est là que réside la principale difficulté : garder un rythme dynamique dans une atmosphère beaucoup plus sombre. Mon approche de l’histoire sera différente, plus proche d’une ambiance en huis clos, à la façon d’un Cluedo géant. Les épisodes 3 et 4 sont des épisodes charnières de la saga : certaines questions soulevées lors des épisodes précédents trouveront leurs réponses tandis que d’autres interrogations apparaîtront pour préparer les ultimes épisodes. De nouveaux personnages viendront étoffer l’intrigue, des personnages qui, je l’espère, seront aussi bien accueillis par les lecteurs que ceux du Lac des Cieux.
LPC – Comment le sujet de votre livre et l’idée d’une saga en six épisodes ont-ils été accueillis par les maisons d’édition ?
G.B – L’obstacle majeur pour les maisons d’éditions intéressées par le projet était de cibler le public auquel les romans s’adressent. L’histoire démarre comme une comédie pour adolescents (le fait de situer l’action dans un lycée et d’y mêler les problèmes des ados y est pour beaucoup !) mais bascule rapidement vers le roman policier (voire d’horreur) destiné à un public plus adulte. Les épisodes suivants étant par ailleurs beaucoup plus sombres, l’étiquette « roman pour ados » n’était plus envisageable pour la plupart des maisons d’édition, sauf au prix de nombreuses censures. J’ai eu la chance de trouver une maison d’édition qui me laisse libre dans l’évolution de l’histoire et me permet de m’ouvrir à un public plus large, qui va de la mère de famille au notaire, en passant bien évidemment par les adolescents. Le groupe Facebook de Bad Swimmers compte déjà plus de 1000 membres de tout âge et de tout horizon ! Quant à l’idée d’en faire six livres, elle m’a été suggérée par mon éditrice. Réticent au départ, je suis plutôt satisfait aujourd’hui : j’aurais peut-être attiré moins de lecteurs avec un pavé de 812 pages !
LPC – La question que tous les fans de Bad Swimmers se posent : quand sortiront les épisodes 4 et 5 ?
G.B – Bonne question ! A ce jour, le tome 2, qui constituera les épisodes 4 et 5 de la série, est en cours d’écriture. Je n’avance pas aussi vite que je le souhaiterais avec mon métier en parallèle, mais ce rythme me permet cependant de retravailler certains passages après quelques jours ou de rendre l’intrigue plus fluide, plus cohérente, avec plus de recul. J’ai déjà le plan global de la saga en tête, mais il m’arrive de changer des passages entiers afin de mieux servir l’histoire. Et dans ce genre de moments, tout doit être repris depuis le début. Ce n’est pas une tâche facile, mais je n’ai pas envie de faire du travail bâclé. Et puis les fans des deux premiers épisodes m’attendent au tournant, je n’ai pas droit à l’erreur ! Je me donne une bonne année et demie pour l’écrire, le corriger et le soumettre à mon éditrice.
LPC – Vous serez présent à partir du 27 mars au Salon du livre 2010 à Paris, puis dans d’autres manifestations littéraires en France. Continuerez-vous à exercer votre métier de professeur parallèlement à tout ce travail de promotion ?
G.B – Oui, bien sûr ! J’ai encore beaucoup de travail en tant qu’auteur et je ne prétends pas être un écrivain. N’est pas Agatha Christie ou Stephen King qui veut ! Même si les critiques des deux premiers épisodes sont bonnes, le fait d’écrire est une remise en question perpétuelle. J’ai sans cesse peur de décevoir et, pour le prochain opus, la pression est énorme. Alors, bien sûr, mon métier ne me permet pas de m’y consacrer entièrement, mais il a ce côté stable qui me rassure toutes les fois où je doute. Bien entendu, le jour où je vendrai autant de livres que J.K. Rowling ou Stephenie Meyer, j’envisagerais peut-être de m’y dédier entièrement ! Mais la route est très longue et la persévérance indispensable !
LPC – Je n’ai pu m’empêcher en lisant Bad Swimmers de l’imaginer en film. Une adaptation ciné vous tenterait-elle ?
G.B – C’est le plus beau compliment que l’on pouvait me faire ! Beaucoup de personnes me posent régulièrement cette question. J’apprécierais énormément qu’un projet d’adaptation en série ou en film me soit proposé, j’en rêve, puisque Bad Swimmers a été écrit dans cette optique. Cependant, je préfère me concentrer sur l’écriture des tomes suivants pour l’instant et étudier cette possibilité lorsque toute la saga sera terminée. Bon, évidemment, si James Cameron vous demande mon numéro… ^^
Bad Swimmers, l’histoire
Les deux premiers épisodes de la série Bad Swimmers nous plongent dans l’atmosphère trouble et angoissante d’un groupe de lycéens en dernière année. Parmi eux, Mel est en proie à de terribles cauchemars, qui se révèlent réels. Car bien vite, une série d’horribles meurtres sont commis au sein de l’établissement. La psychose s’empare alors des lycéens tandis que le malaise se crée autour de Gin, la nouvelle.
-Où acheter les livres ? Les tomes 1 et 2 de Bad Swimmers sont dispo sur Alapage






Ca fait bien envie, un polar à la Scream, j’achète!
Il a l’air sympa ce garçon et c’est vrai que l’histoire à l’air cool. Merci!
Belle interview qui attise d’autant plus ma curiosité pour la suite!
J’ai lu les deux premiers épisodes et j’ai été concquise!
Enfin une enquête qui nous tient en haleine du début à la fin sans répis!
En tout cas j’ai hâte de lire la suite et je recommande vivement ce roman!
Un jeune auteur talentueux et attachant! Vivement la suite de Bad Swimmers.
l’originalité et l’imagination te donnent cet art du roman qui consiste à la reconnaissance de soi en déflorant la réalité derrière les remparts imaginaires. j’ai le grand le plaisir non seulement de découvrir votre saga ineffable mais aussi de reconnaitre un écrivain doué et un homme si symaphitique et si rêveur.
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