Depuis trois ans, elle illustre avec humour mordant et auto-dérision la vie tout à fait fascinante de Joséphine, célibataire accro au shopping complexée par ses kilos en trop. Bref, une fille qui nous ressemble ! A l’occasion de la sortie de sa nouvelle BD le 16 avril, revenons sur le parcours de la jeune illustratrice Pénélope Bagieu.
La Page Culture – Comment vous est venue l’idée de dessiner les aventures de la pétillante Joséphine ?
Pénélope Bagieu -
J’avais envie de dessiner en dehors de mon travail d’illustratrice pour la pub, sans contraintes, sans que personne ne me donne son avis, sans cahier des charges, sans qu’on m’interdise les gros mots ou les personnages qui ne sourient pas. Bref j’avais besoin d’évacuer un peu la pression et de dessiner pour moi.
J’ai toujours tenu des journaux en dessin, disons que là je me suis efforcée de les mettre au propre, et pas sur des feuilles volantes qui s’entassaient jusqu’au plafond. Du coup j’ai créé un petit blog en 5 minutes où je me suis tenue à faire un dessin par jour. La consigne était que ça ne devait pas me prendre plus de 20 minutes, et surtout que je ne devais pas me casser la tête ni graphiquement, ni à essayer de scénariser : j’ai vraiment gribouillé ce qui m’arrive dans la vraie vie. Voilà, il n’y a jamais eu de personnage.
Un peu plus tard, un magazine suisse pour lequel je travaillais comme illustratrice m’a proposé de reprendre le créneau de la BD de dernière page de leur hebdo. J’ai donc créé un personnage pour eux, Joséphine. J’en suis à ma troisième année et ça m’amuse toujours, donc tout va bien !
LPC – Quelle est votre principale source d’inspiration ? Vous avez des Bd cultes qui vous ont poussé à dessiner?
P.B - Pour Joséphine, je m’inspire essentiellement de ma vie, des conversations que j’ai avec mes amis, des histoires que j’entends dans mon entourage… Pour les fictions, un peu pareil, mais aussi de mes lectures, des films que je vois, enfin un peu de tout (comme tout le monde je crois !) Quant à la BD, je dois avouer un peu honteusement que j’ai commencé à en lire quand j’ai commencé à en faire, à force d’être en dédicace dans les librairies BD, dans les festivals… J’ai plutôt grandi avec des livres illustrés et les dessins animés de Tex Avery. C’est plus avec ça que j’ai appris à dessiner ! Maintenant, je me rattrape, et je dépense tout mon argent en BD, j’en lis absolument tout le temps, je saoule tout mon entourage avec mes coups de cœur, et il y en a dans tous les recoins chez moi ! J’ai beaucoup de retard à rattraper !
LPC – Parisienne trentenaire et gaffeuse, Joséphine est un peu la Bridget Jones française, quelle est la part autobiographique dans ce personnage si drôle et attachant ?
P.B – Ses amis, ses goûts en matière de déco, de fringues et d’animaux de compagnie, et ça s’arrête là ! Pour tout le reste, surtout pour la vie sentimentale, sa façon de gérer les problèmes et sa famille atroce, nous n’avons rien à voir (heureusement).

LPC – Le succès de votre blog a donné naissance à plusieurs BD, comment s’est déroulée la transition ?
P.B – Très simplement ! Je me posais beaucoup moins de questions dans la mesure où je n’avais jamais vu de blog adapté en livre, et que je n’avais jamais publié. Des éditeurs m’ont contactée quelques mois après que je commence mon blog, j’ai répondu au premier, il m’a proposé d’en faire un recueil, j’ai remis l’ensemble au propre et j’ai dessiné quelques notes supplémentaires, et on l’a imprimé. Et voilà !
LPC – Dans la « vraie vie », vous êtes illustratrice dans la publicité. Comment conciliez-vous les deux ?
P.B – A l’origine, le deal que je m’étais fixé était : travailler le jour, faire des BD le soir et le WE. Mais avec un planning de deux à trois albums par an, c’est de plus en plus compliqué (et j’ai surtout de moins en moins le temps de dessiner pour la pub, du coup). Alors progressivement (voire plutôt franchement, ces derniers mois), j’accepte de moins en moins de travail en pub, parce que je n’ai plus le temps de tout faire. On vit beaucoup moins confortablement de sa plume que des campagnes de pub, c’est sûr, mais je suis plus heureuse comme ça, c’est un choix.
LPC – La sortie de votre nouvel album « Cadavre Exquis » est prévue pour le 16 avril. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
P.B – C’est l’histoire d’une jeune fille qui s’appelle Zoé. Elle est hôtesse d’accueil dans des salons pas très marrants où elle doit toute la journée faire des sourires en restant debout dans des chaussures qui font mal aux pieds. Dans l’ensemble, elle n’aime pas trop sa vie. Et puis un jour, par un hasard complètement improbable, elle rencontre un auteur à succès et ils tombent amoureux. Mais ce jeune homme est entouré de beaucoup de mystères : d’abord il ne veut pas qu’ils sortent de leur appartement, ensuite il entretient des rapports très étranges avec son éditrice… Je ne raconte pas tout !
J’ai passé près de deux ans jour pour jour sur cet album, entre le moment où Joann Sfar m’a proposé d’écrire un album dans la collection Bayou et le jour de la sortie de ladite BD. Jusqu’ici, ça reste pour moi la gestation la plus longue du monde, j’y ai passé un quatorzième de ma vie ! Je suis très contente et j’ai bien hâte de l’avoir entre les mains ! C’est une première pour moi, parce que c’est un récit long (128 pages), une histoire avec un début et une fin, et c’est intégralement de la fiction !
LPC – Fan de mode, vous avez même dessiné une collection de lingerie pour Etam. Vous avez d’autres projets ?
P.B – Oui, mais je ne peux pas en parler pour l’instant !
Merci pour tout !
LPC – Merci à vous!
- Rendez-vous sur le blog de Pénélope, Ma vie est tout à fait fascinante.
- Crédits images: © Pénélope Bagieu








