Après le concours de La Page Culture autour du dernier roman de Nick Hornby, Juliet Naked, il est temps que je vous donne mon avis sur ce livre nostalgique, parfois cruel mais souvent attachant.
« Juliet, Naked » est le point de départ d’une rencontre entre deux solitudes. Annie, la quarantaine passée, vit dans une petite bourgade anglaise depuis plus de 15 ans avec Duncan, fan compulsif d’un obscur chanteur des années 80, Tucker Crowe. Leur couple manque de passion, de sentiments, à vrai dire de tout ce qui constitue une relation amoureuse. Quand soudainement, un album de maquette de Tucker Crowe – Juliet, Naked – sort de l’ombre, le cœur de Duncan se met à battre plus fort. « Crowologue » averti, il poste sur son forum un commentaire dithyrambique qui réveille le sens critique d’Annie. Décidée à réagir, elle écrit son opinion sur l’album en question, ce qui l’éloigne encore plus de Duncan, vexé. Quand le vrai Tucker Crowe – dont personne n’a plus entendu parler depuis 20 ans – répond à Annie, une correspondante secrète se met en place.
L’humour cynique, le refus de la conformité, la nostalgie ou encore la solitude frappent le lecteur en plein visage dès les premiers chapitres de Juliet, Naked. La question que se posent Annie et Tucker – comment ais-je bien pu gâcher 15 ans de ma vie ? – parle sans doute à bon nombre de personnes sur cette planète. Trop occupés à ne rien faire – ou si peu – nos deux héros apparaissent blasés par la vie, la routine et les relations amoureuses. Ces deux esprits vifs et intelligents ont le recul nécessaire pour analyser leurs erreurs, sans pouvoir rien y changer. Ce serait à pleurer de tristesse si les anecdotes qu’ils se racontent n’étaient pas aussi savoureuses, si la musique et ses fans qui croient tout savoir ne s’invitaient pas dans ce roman doux-amer. Nick Hornby n’a pas son pareil pour rendre ses personnages – à priori assez détestables – vraiment attachants.
Derrière son intrigue très musicale – les mélomanes se délecteront des anecdotes autour de Tucker Crowe – l’auteur aborde des thèmes universels. C’est le cas de la paternité à travers les expériences de Tucker Crowe, père absent et pas mécontent de l’être. Les interrogations d’Annie et le jeu de séduction avec Tucker témoignent aussi de la difficulté de se lancer dans de nouvelles aventures sentimentales ou sexuelles après 40 ans. La relation au père, le désir de maternité ou encore l’angoisse de la mort sont abordés avec humour et pertinence. Rythmé et écrit avec une précision diabolique, le dernier bébé de Nick Hornby mériterait une adaptation sur grand écran façon High Fidelity. Nul doute que certains studio s’y intéressent déjà.







