Claude Levi Strauss pour les nuls

Claude levi straussAttention à la confusion, je parle bien de l’auteur des livres d’ethnologie et d’anthropologie, l’inventeur du structuralisme et non pas de la marque de 501 qui vous moule le postérieur depuis votre plus jeune âge.
Cet article s’adresse aux profanes et aux curieux. J’ai tenté tant bien que mal de « vulgariser » – tout au moins de simplifier – les concepts les plus marquants de Claude Levi Strauss. Pour apprécier la dimension de l’homme – aussi brillant qu’influent  - un zoom sur la vie et quelques œuvres de Levi-Strauss.

Biographie : Claude Levi Strauss

Né en novembre 1908 à Bruxelles, Claude Levi Strauss décède à l’âge de 99 ans. Il étudie Marx au lycée puis entre à la Sorbonne.
Normalien, il choisit la philosophie – profondément attaché à la rigueur qu’elle requiert – avant d’être agrégé et d’enseigner dès le début des années 30. Professeur de philosophie puis  directeur de Normale Supérieure, il commence à s’ennuyer.
Il part alors au Brésil où commencent ses missions dans le Mato Grosso ou en Amazonie : place à  « l’expérience vécue des sociétés indigènes ». Après un passage éclair à Paris, il se réfugie à New-York en 1941 et rencontre Roman Jakobson, ajoutant à ses études l’aspect linguistique qui lui a toujours fait défaut.
Il traine ensuite ses guêtres comme enseignant au Collège de France et devient membre de l’Académie française. C’est en 82 qu’il quitte ses multiples étiquettes mais continue à s’entretenir avec les jeunes chercheurs. A la veille de ses 100 ans, il est « toujours prêt à échanger »!

C’est quoi l’idée de Claude Levi Strauss?

Claude Levi Strauss a fait du « tout » une science de la culture. Il a été l’un des rares à réunir la famille, la religion et l’art sous le même toit dans le but de comprendre ce qui structure ces éléments les uns par rapport aux autres. Toutes ses expériences passées – il a étudié les mythes, a vécu près de peuples primitifs – se sont concrétisées en système de pensées, pour la plupart, d’une modernité accablante. Un célèbre entretien de l’anthropologue avec Bernard Pivot datant de 1984 résume parfaitement sa vision à court terme :

« Ce que je constate : ce sont les ravages actuels ; c’est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végétales ou animales ; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne – si je puis dire – et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n’est pas un monde que j’aime »[(Campus, France 2).

Levi Strauss met donc au point un abécédaire des symboles sociaux et de leur interconnexion. Parenté, totem et mythologie sont les 3 thèmes traités par Levi Strauss. Les mythes restent le sujet qui l’obsède tout au long de sa vie. En clair, la connexion entre des peuples pourtant « éloignés » est pensée selon des structures similaires. Mythologies amérindiennes et japonaises se retrouvent alors bercées par les mêmes perspectives théoriques, tant sur le plan ethnologique qu’anthropologique. Logiquement, la peur primaire de Levi Strauss prend la forme d’une concept passionnant : la monoculture universelle, celle du XXIème siècle, celle qui fait l’impasse sur la diversité des cultures – pourtant le seul moyen pour l’humanité de se développer et de s’épanouir.

Vocabulaire pour aborder Levi Strauss

Anthropologie : science qui étudie les êtres humains à travers leurs aspects physiques et culturels.

Ethnologie : science humaine relevant de l’anthropologie et dont l’objet est l’étude explicative et comparative des caractères sociaux et culturels des êtres humains.

Ethnocentrisme : « tendance plus ou moins consciente, à privilégier les valeurs et les formes culturelles du groupe ethnique auquel on appartient » (W.G. Summer, 1907).

Structuralisme : courant de sciences humaines s’inspirant de la linguistique (une langue doit/peut être étudiée en tant que structure) et pour qui la réalité sociale est un ensemble formel de relations. Ce n’est que dans l’opposition et la ressemblance qu’un élément prend sens.

Bibliographie sélective de Levi Strauss

tristes tropiquesTristes tropiques, 1955, Plon, Collection Terre humaine
« Je hais les voyages et les explorateurs ». Véritable succès de librairie, Tristes Tropiques est un journal de voyage philosophique – profondément ancré dans l’actualité – sur les désastres de la planète et la destruction de la diversité humaine. Il est aujourd’hui une référence en plus d’être une réflexion sur la civilisation et un pamphlet écologique survenu avant même l’émergence du terme. Le livre marque aussi le penchant de l’auteur pour le bouddhisme et sa réticence envers l’islam.

la pensee sauvage

La pensée sauvage, 1962, Plon
Dans La pensée sauvage, Levi Strauss aborde les mythes, les rites et les croyances comme autant d’êtres sauvages. Véritable vivier pour les étudiants en sociologie, cette œuvre définit l’esprit humain comme une pensée à l’état sauvage (tant qu’elle n’a été ni cultivée ni domestiquée).

Interview de Claude Levi Strauss

A voir : Levi Strauss par Levi Strauss, des interviews passionnantes sur l’ethnologie, les mythes, le structuralisme et Tristes tropiques proposés par nos amis du Monde.

Une réponse à « Claude Levi Strauss pour les nuls »

  1. mariecaramel :

    Peut être qu’effectivement il était temps de rappeler que son oeuvre est importante parce qu’il a initié la réflexion du « pourquoi ne pouvons nous accepter que nos cultures ne sont là, aussi différentes soient elles, que pour nous révéler que nous sommes tous semblables dans nos quêtes de l’idéal humain »…

  2. Jean :

    Mort à l’âge de 100 ans, non 99

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