Leonardo DiCaprio en impose. N’importe quel journaliste l’ayant interviewé une fois dans sa carrière le confirmera. Au milieu de la pelletée d’acteurs de son âge au discours préfabriqué, il est l’un des rares à parler encore cinéma. A analyser avec bonheur les films qu’il vient de tourner, à servir une promo intelligente. A bonne distance de la presse people en dépit de son faible pour les mannequins, Leo possède une aura qui rappelle l’âge d’or d’Hollywood. James Dean, Marlon Brando, Paul Newman, Robert de Niro… A n’en pas douter, ce caméléon insaisissable sera le dernier de la liste. Retour sur une carrière exemplaire, déjà très riche à 35 ans.
Comme un signe… La carrière de l’acteur-né décolle sous le parrainage de Robert de Niro en 1993. A 19 ans, Leo DiCaprio interprète un jeune garçon maltraité par son beau-père dans Blessures secrètes. L’un de ses grands atouts – qui tourne parfois à la malédiction – réside dans son physique d’éternel ado. Retirez-lui sa barbe, et il peut rejouer demain les Romeo de 17 ans ! Avant d’arriver au chef-d’œuvre de Baz Luhrmann et de débuter une carrière de sex-symbol bien malgré lui, Leo se fait remarquer par l’Académie des oscars en jouant aux côté de Johnny Depp et Juliette Lewis un jeune homme handicapé mental. Sa prestation bluffante dans Gilbert Grape de Lasse Hallström (1993) reste inoubliable.
Un talent précoce
Même jeune, Leonardo Di Caprio – sans doute bien entouré – ne choisit quasiment que des bons films d’auteur. En 1994, Sharon Stone impose l’acteur à Sam Raimi dans Mort ou vif (1995), un western inspiré avec Gene Hackman et Russel Crowe, dans lequel il interprète le Kid, gamin exubérant mal aimé par son père. L’acteur aime les défis. Il est dans sa période « écorché vif ». Ses rôles dans les excellents Basketball Diaries (1995) et Rimbaud Verlaine (1995) le confirment. Comédien jusqu’ici peu connu du grand public, son statut change brusquement en 1996 à la sortie de Romeo + Juliette. Avec Claire Danes, il incarne le couple romantique par excellence dans cette adaptation rock et déjantée du roman de William Shakespeare. L’un des scènes les plus marquantes du film, celle de la rencontre et du premier baiser :
La leomania
Ce film, conjugué au succès planétaire de Titanic en 1997, fait de Leonardo DiCaprio une star mondiale à 22 ans, adulé par des millions de jeunes filles à travers le monde. Depuis, seul Robert Pattinson et la saga Twilight ont connu une hystérie collective comparable. A l’époque, sa brève histoire d’amour avec Claire Danes, et les propos élogieux de Kate Winslet à son égard ne font que conforter son image de playboy. L’acteur a du mal à rebondir derrière. L’homme au masque de fer (1998), Celebrity et La Plage (2000) reçoivent des accueils mitigés. Leo est toujours aussi bon, mais les scénarios et les mises en scène des réalisateurs (excepté le film de Woody Allen dans lequel il ne fait que passer) ne sont pas à la hauteur de son talent.
Les années Scorsese
Qu’importe, DiCpario donne un tournant décisif à sa carrière en se lançant dans un projet monumental signé Martin Scorsese. Son rôle de héros dans Gangs of New York est un peu simpliste mais Leo donne la réplique à Liam Neeson et Daniel Day Lewis, réputé « acteur total ». Surtout, il s’est connecté à la « planète Scorsese ». Après une brillante récréation chez Steven Spielberg pour Arrête-moi si tu peux (2002), son film suivant, Aviator (2005), est juste un chef-d’œuvre. Malgré son physique juvénile, il interprète avec génie le milliardaire Howard Hughes, accro à l’aviation, les femmes et toutes sortes de drogues. Un écorché vif, à nouveau.
Un cinéma exigeant
Martin Scorsese a trouvé son nouveau fils spirituel. Passionné par le cinéma, caméléon jusqu’au bout des ongles, il devient assez évident que Leonardo DiCaprio fait partie de la race des grands acteurs. En 2006 et 2010, les deux hommes collaborent à nouveau sur les très réussis Infiltrés et Shutter Island. Leur relation, rare au cinéma, est fondée sur l’exigence. Ce qui n’empêche pas l’acteur de commettre quelques brillantes infidélités à son mentor : Blood Diamond (2007), Mensonses d’état (2008) et Les noces rebelles (2009) ne font pas forcément des cartons mais rentrent dans leur frais.
Avec son exigence artistique, Leo ne tourne que dans des bons films, souvent à mi-chemin entre le blockbuster et le film d’auteur. C’est le cas encore une fois cet été avec la sortie d’Inception, le chef-d’œuvre annoncé de l’énigmatique Christopher Nolan. Avec un petit plus pour la nouveauté : ce sera la première fois que l’acteur évolue dans un scénario futuriste et fantastique. En 20 ans, Leonardo DiCaprio s’est construit la carrière la plus cohérente et la plus brillante de ces dernières années à Hollywood. Seule l’Académie des Oscars, qui l’a nominé trois fois (pour Gilbert Grape, Aviator et Blood Diamond) sans jamais le récompenser, ne semble pas l’avoir remarqué.
-Voir aussi : la sortie ciné d’Inception, de Christopher Nolan









